Passer en flex office ne se joue pas seulement sur le nombre de postes retirés. Un plateau où personne n’a plus sa place attitrée tient debout, ou pas, selon les zones prévues autour des postes : celles où l’on se concentre, celles où l’on téléphone, celles où l’on se réunit à trois pendant dix minutes, celles où l’on dépose ses affaires en arrivant. Quand ce découpage manque, tout le monde se rabat sur le même type d’espace, et le plateau devient pénible à vivre en quelques semaines.
Nous partons ici du plan, pas du principe. Quelles zones prévoir, dans quelles proportions, avec quelles surfaces, quelles largeurs de circulation et quels repères acoustiques. Les chiffres cités servent à dessiner un plateau, pas à illustrer un propos.
On part du nombre de personnes réellement présentes un jour moyen, pas de l’effectif inscrit au registre. Ce chiffre, que le calcul du taux de foisonnement permet d’établir, fixe la surface à découper. Tout le reste en découle : le nombre de postes, le nombre de cabines, la taille des salles.
Vient ensuite la répartition de la surface utile. Sur les plateaux que nous équipons, l’équilibre qui tient dans la durée se situe autour de ces proportions :
Une objection revient souvent : ces pourcentages paraissent généreux pour tout ce qui n’est pas un poste. C’est justement ce qui sépare un plateau en flex office d’un open space classique. Retirer des postes sans rendre la surface aux autres usages ne produit pas un flex office, seulement un open space plus dense. Pour composer les postes eux-mêmes, notre gamme de mobilier pour plateaux mutualisés couvre aussi bien les îlots que les rangées.
La référence utile est la norme NF X35-102, reprise par l’INRS : 10 m² par personne en bureau individuel, 11 m² en bureau collectif, et 15 m² quand le travail est bruyant ou très téléphonique. En flex office, on applique ces surfaces à l’effectif présent, pas à l’effectif total, ce qui change tout sur un plateau foisonné.
Au détail, les repères qui servent vraiment à dessiner :
Le document de référence de l’INRS sur la conception des lieux et des situations de travail détaille la méthode de calcul. Il est utile quand la surface est contrainte et qu’il faut arbitrer entre deux zones.

Zone de travail dense : les places se partagent, les écrans coupent les vis-à-vis

Un poste retiré du flux, adossé à un panneau : la base d’une zone calme
Toutes les zones ne basculent pas en non attribué au même rythme, et c’est justement le zonage qui permet de nuancer. Dans la zone dense, la totalité des places passe en libre accès : c’est là que le foisonnement produit son effet. Dans la zone calme, les places restent non attribuées mais réservables à la demi-journée, sans quoi elles sont occupées dès 8 h 30 par les mêmes personnes, tous les jours. Ce panachage est d’ailleurs ce qui distingue les deux modèles dans la pratique : la différence entre flex office et desk sharing se joue moins sur le nombre de postes retirés que sur le périmètre laissé libre au salarié.
Gardez une réserve de 5 à 10 % de places attribuées. Elle sert aux situations qui ne se négocient pas : poste adapté à une restriction médicale, siège spécifique, matériel volumineux, configuration à double écran calibrée. Ces places se repèrent sur le plan dès l’implantation, elles ne se décident pas au cas par cas le lundi matin.
Un dernier arbitrage porte sur l’équipement. Un plateau où seuls 60 % des places accueillent deux écrans crée une hiérarchie officieuse, et les salariés arrivent plus tôt pour capter les bonnes. Mieux vaut équiper une zone entière à l’identique, quitte à ce que la zone voisine soit volontairement plus légère, dédiée aux passages courts.
C’est le manque le plus fréquent, et celui qui fait échouer les projets. Sans endroit pour travailler deux heures sans être interrompu, le travail individuel exigeant repart à la maison et le plateau ne sert plus qu’aux réunions. Visez 15 à 25 % des places assises en zone de concentration, c’est l’ordre de grandeur qui rééquilibre un plateau.
Cette zone se reconnaît à trois choses : elle est en cul-de-sac, jamais sur un axe de passage ; elle est traitée acoustiquement ; et une règle d’usage y interdit les appels et les conversations. Le traitement acoustique est la partie qu’on sous-estime le plus. Un plafond absorbant de classe A, un sol souple, et des écrans de séparation de 1,20 à 1,40 m de haut qui coupent les lignes de vue en position assise suffisent à changer l’ambiance.
Deux indicateurs valent la peine d’être demandés à l’acousticien : un temps de réverbération compris entre 0,4 et 0,6 seconde, et une distance de distraction inférieure à 8 mètres. Sous ces valeurs, une conversation tenue à dix mètres cesse d’être intelligible, donc cesse de déranger.
Le ratio qui tient à l’usage est d’une cabine pour 10 à 15 postes. En dessous, elles sont occupées en permanence et les appels repartent dans l’open space, ce qui annule le bénéfice de l’installation. Une cabine individuelle occupe environ 1 m² au sol, soit 120 x 90 cm hors tout ; une bulle pour quatre personnes demande 3,5 à 4 m².
Deux points techniques se vérifient avant la commande. L’affaiblissement acoustique, d’abord, qui doit atteindre 25 à 30 dB pour qu’une conversation ne sorte pas du volume. La ventilation ensuite, qui conditionne le confort au-delà de dix minutes d’occupation : une cabine sans extraction devient vite irrespirable et se vide d’elle-même.
Sur le plan, ces volumes se posent en bordure de circulation, jamais au fond d’une zone calme : on y entre et on en sort souvent, parfois en parlant déjà. Les répartir par petits groupes de deux ou trois dans le plateau vaut mieux que les aligner au même endroit, ce qui oblige à traverser tout l’étage pour un appel de deux minutes.
Comptez une place de réunion pour quatre à cinq postes. La répartition compte autant que le total : la majorité des réunions rassemble deux à quatre personnes, donc trois petites salles de 8 à 10 m² rendent plus de service qu’une grande salle de 30 m² qu’on remplit rarement.
À côté de ces salles fermées, prévoyez des points de réunion informels, sans réservation : une table haute de 105 à 110 cm avec quatre à six assises perchées, ou un ensemble de banquettes adossées à une cloison. Ces places absorbent les échanges de cinq minutes qui, sinon, se tiennent debout entre deux postes et dérangent toute une rangée.

Zone informelle : on s’y arrête dix minutes, sans rien réserver

Salle fermée : le seul endroit où une réunion à six ne gêne personne
L’emplacement des rangements individuels pèse plus lourd que leur volume. La règle tient en une phrase : les casiers se posent sur le trajet d’entrée, entre l’accès au plateau et la première zone de travail. On les ouvre en arrivant, on les referme en partant, et personne ne traverse l’étage pour récupérer un chargeur.
Deux distances à respecter. Aucune place ne devrait se trouver à plus de 20 à 25 mètres de la rangée de casiers qui la dessert, sinon les affaires restent sur les plans de travail le soir venu. Et il faut compter 1,20 m de dégagement devant une rangée, pour ouvrir une porte et se pencher sans bloquer le passage derrière soi.
Dernier point, souvent oublié : une rangée de casiers est bruyante par intermittence, entre les portes qui claquent et les conversations de couloir. On la tient donc à distance de la zone de concentration, et on s’en sert volontiers comme masse tampon entre deux ambiances sonores différentes.

Le rangement individuel se place à l’entrée du plateau, pas au fond

Chaque zone doit être accessible sans traverser la précédente
Les largeurs de passage sont le premier poste qu’on rogne quand la surface manque, et le premier motif de plainte une fois le plateau livré. Trois valeurs suffisent à tenir un plan.
La desserte compte autant que la largeur. Chaque zone doit être atteignable sans traverser une autre zone. Une salle de réunion qu’on rejoint en longeant six postes de concentration annule le bénéfice de la zone calme, quelle que soit la qualité de son plafond acoustique.
Évitez aussi les circulations en impasse de plus de dix mètres, et les axes qui débouchent directement sur la machine à café : ils transforment un couloir en lieu de conversation permanent.
Un plateau en flex office se lit comme un dégradé sonore. De l’entrée vers le fond : accueil et convivialité, puis collaboration et réunions informelles, puis les postes partagés, et enfin la concentration. Chaque transition doit s’appuyer sur un élément physique, sinon elle n’existe que sur le plan.
Les repères chiffrés aident à trancher. Un plateau de travail confortable se tient autour de 45 à 50 dB(A) de niveau sonore ambiant. Au-delà de 55 dB(A), la gêne devient constante et la concentration tombe. La zone de convivialité dépasse facilement 60 dB(A) aux heures de pointe, ce qui n’est pas un défaut, à condition qu’elle soit réellement séparée du reste.
Les masses tampons font le travail : rangées de casiers, colonnes de rangement, cabines téléphoniques, cloisons végétalisées hautes. Placées entre deux ambiances, elles évitent d’avoir à cloisonner en dur. Sans tampon, il ne reste que l’éloignement, et l’éloignement consomme de la surface.
Quand une place n’appartient à personne, elle doit convenir à tout le monde dès la première minute. L’éclairage se règle donc au poste et pas seulement au plafond : une lampe individuelle orientable par place, en complément de l’éclairage général.
Les niveaux à viser, zone par zone : 500 lux sur la zone de tâche d’un poste sur écran, 300 lux sur son environnement immédiat, 500 lux également en salle de réunion, et 100 à 150 lux dans les circulations. Une zone de convivialité gagne à descendre plus bas, autour de 200 lux, avec des sources chaudes.
Côté alimentation, comptez une prise de courant et un point réseau par place, plus un boîtier accessible sans se baisser. Les places non attribuées voient passer beaucoup de portables et de chargeurs : un boîtier pour deux places en zone informelle, une trappe passe-câbles par place en zone dense.
Le flex office pose une difficulté d’accessibilité que l’open space attribué ne connaît pas. Si aucune place n’est réservée, rien ne garantit qu’une place adaptée soit libre le jour où l’on en a besoin. La réponse tient en deux décisions prises dès l’implantation.
D’abord, maintenir une à deux places réglables en hauteur par zone, réservées en priorité, avec un plan de travail qui descend à 65 cm et monte à 125 cm. Ensuite, respecter les dimensions d’approche : 1,20 m de cheminement, une aire de rotation de 1,50 m de diamètre devant la place, et un dégagement inférieur de 90 cm de large, 60 cm de profondeur et 70 cm de hauteur libre.
Au moins une cabine téléphonique doit rester accessible, avec une porte de 90 cm et un espace de manœuvre intérieur suffisant. C’est le point que les fabricants traitent le moins bien : il se vérifie sur la fiche technique, avant la commande.
Les proportions données plus haut se traduisent différemment selon la taille du plateau. Trois cas de figure, exprimés en effectif présent moyen.
30 personnes présentes : une zone dense d’environ 24 places, une zone calme de 6 à 8 places, deux cabines, une salle de six personnes et un point informel, un coin convivial d’une vingtaine de mètres carrés.
60 personnes présentes : deux zones denses séparées par les rangements, 12 à 15 places calmes, quatre à cinq cabines, deux salles fermées de tailles différentes et deux points informels.
120 personnes présentes : on ne dessine plus un plateau, on dessine des quartiers. Découpez en unités de 40 à 50 places, chacune avec sa zone calme, ses cabines et son point de réunion informel. Au-delà de cette taille, les gens ne traversent plus, et les services mutualisés cessent d’être utilisés.
Six fautes reviennent presque systématiquement sur les plans qu’on nous soumet, et toutes se corrigent avant les travaux.
Comptez 10 à 12 m² par personne présente, surfaces communes comprises. La norme NF X35-102 retient 10 m² en bureau individuel, 11 m² en bureau collectif et 15 m² lorsque le travail est bruyant ou très téléphonique. En flex office, ces surfaces s’appliquent à l’effectif réellement présent, pas à l’effectif total.
Une cabine pour 10 à 15 postes est le ratio qui tient à l’usage. En dessous, elles sont occupées en permanence et les appels repartent dans l’open space. Mieux vaut les répartir par groupes de deux ou trois dans le plateau que les aligner toutes au même endroit.
En combinant trois leviers : un plafond absorbant de classe A et un sol souple, des écrans de séparation de 1,20 à 1,40 m qui coupent les lignes de vue en position assise, et un zonage qui éloigne la concentration des zones d’échange. Visez un niveau ambiant de 45 à 50 dB(A) et un temps de réverbération de 0,4 à 0,6 seconde.
Prévoyez 0,80 m au minimum entre deux rangées de postes dos à dos, 1,00 m pour être à l’aise, et 0,80 m de recul derrière un siège pour se lever. Le dégagement principal qui traverse le plateau demande 1,50 m, et un cheminement accessible aux personnes à mobilité réduite 1,20 m.
Sur le trajet d’entrée, entre l’accès au plateau et la première zone de travail. Aucune place ne devrait se trouver à plus de 20 à 25 mètres de la rangée qui la dessert, et il faut 1,20 m de dégagement devant les portes. Une rangée de casiers sert aussi de masse tampon entre deux ambiances sonores.